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Opinions   >  Quelle laïcité ?

Comme de nombreux Français, je me suis interrogé sur la signification réelle qu'il fallait donner aux manifestations qui ont précédé, accompagné et suivi l'intervention américaine en Irak. Il n'est pas question ici de traiter de l'opportunité de cette guerre, chacun aura eu le temps et les éléments pour en apprécier les vertus ou les méfaits. Il m'apparaît plus utile de réfléchir aux comportements "contre-nature" que ce conflit aura générés.

Les nombreux rassemblements de rue ont été le lieu de rapprochements paradoxaux qui méritent notre attention. Un an après leur appel à voter Chirac, au second tour de la présidentielle, les partis politiques de gauche ont exprimé, sur le pavé de Paris et en province, avec un zèle surprenant, leur soutien à la politique Proche-Orientale du Président de la République. Au même instant, les responsables des partis de droite, absents de la rue, débattaient en leur sein de l'opportunité d'un tel conflit. Pour une partie de la gauche, ceux qui osaient émettre un doute sur cet unanimisme irréel étaient, au mieux d'irresponsables va-t-en-guerre, au pire des suppôts des interventionnistes américains eux-mêmes manipulés par Sharon! Alors que le débat vivait à droite, l'adhésion monolithique à Chirac était l'apanage de la gauche! Dans leurs réflexions préparatoires pour leur congrès, les socialistes, du moins ceux qui sont rassemblés autour de leur Premier Secrétaire, indiquent dans leurs écrits qu'il ne faut pas courir après l'extrême gauche au risque de perdre crédibilité et identité. Celà les a-t-il empêché de défiler bras-dessus bras-dessous avec les Besancenot et Laguiller en tête des cortèges? N'aurait il pas été plus judicieux qu'ils se rassemblent derrière leurs propres valeurs. Que penser de ces radicaux de la laïcité, les dirigeants de la Ligue des Droits de l'Homme qui, en 1990, fustigeaient Lionel Jospin, alors Ministre de l'Education au sujet de l'affaire du voile islamique à l'école? Ont-ils été gênés de défiler en rangs serrés aux côtés des islamistes et des femmes voilées, dont chacun connaît l'attachement viscéral aux principes républicains de liberté, d'égalité et de fraternité ?

Ces apparentements terribles doivent nous amener à réfléchir sur la relativité des comportements surtout quand les grands principes vertueux idéologiques se télescopent avec des intérêts de circonstances. Comment, ceux qui, à longueur de motions ou de déclarations solennelles, condamnent les dangers du communautarisme, peuvent-ils accepter de transgresser leurs convictions, sans doute sincères, au nom d' opportunités qui aboutirons à une confusion voire à un abandon des valeurs?

Ce paradoxe génère un risque majeur, celui de cautionner consciemment ou non, ceux qui manipulent, utilisent ou dévoient. On devient alors partie prenante d'une manifestation où, sans crainte, certains n'hésitent plus à assimiler dans une perversité méprisable, l'étoile de David à la croix gammée puis tabassent deux jeunes juifs dans une sorte de "youpinade", au motif qu'ils portaient une kippa alors qu'ils se rendaient à une réunion pour militer pour une paix juste au Proche-Orient et pour la création d'un état Palestinien.

Une partie de la gauche politique, associative et syndicale a besoin d'un réel lifting idéologique. Un an après sa défaite historique de 2002, la gauche est en recherche de son identité. Un simple retour aux valeurs fondamentales du socialisme historique incarné par Jaures, Ferry et Blum ne serait peut-être pas si inutile.

L.A.